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A CE MOMENT-LA, tu sais ce que j’ai pensé ? Je me suis dit : le monde, vraiment, c’est étrange : il y a des centaines, des dizaines de millions de camphriers qui poussent dans le monde — évidemment, ce n’est pas obligé que ce soient des camphriers — et le soleil qui brille, ou la pluie qui tombe sur eux, et, selon les cas, des dizaines, des centaines de milliers d’oiseaux qui viennent se percher sur leurs branches ou prennent leur envol. Et d’imaginer ce spectacle, je ne sais pas pourquoi, ça m’a rendue très triste.
— Pourquoi ?
— Peut-être parce que le monde est plein d’innombrables arbres, d’innombrables oiseaux, d’innombrables chutes de pluie. Malgré cela il me semblait que moi je ne pouvais comprendre qu’un seul camphrier et qu’une seule chute de pluie. Éternellement. Je me demandais si ce n’était pas ça, vieillir et puis mourir en n’ayant jamais compris qu’un seul camphrier et qu’une seule chute de pluie. De penser ça, ça m’avait rendue infiniment triste, et je me suis mise à pleurer toute seule, et en pleurant je me disais : Je voudrais bien que quelqu’un me serre fort dans ses bras, mais il n’y avait personne pour me serrer dans ses bras. Alors, j’ai pleuré et pleuré toute seule sur mon lit d’hôpital… Et puis le soleil s’est couché, il s’est mis à faire sombre, les oiseaux ont disparu.
— Pourquoi ?
— Peut-être parce que le monde est plein d’innombrables arbres, d’innombrables oiseaux, d’innombrables chutes de pluie. Malgré cela il me semblait que moi je ne pouvais comprendre qu’un seul camphrier et qu’une seule chute de pluie. Éternellement. Je me demandais si ce n’était pas ça, vieillir et puis mourir en n’ayant jamais compris qu’un seul camphrier et qu’une seule chute de pluie. De penser ça, ça m’avait rendue infiniment triste, et je me suis mise à pleurer toute seule, et en pleurant je me disais : Je voudrais bien que quelqu’un me serre fort dans ses bras, mais il n’y avait personne pour me serrer dans ses bras. Alors, j’ai pleuré et pleuré toute seule sur mon lit d’hôpital… Et puis le soleil s’est couché, il s’est mis à faire sombre, les oiseaux ont disparu.