Les immondices que la déesse Tlazoteotl avale et excrète continuellement dans les représentations aztèques la polluaient et la purifiaient à la fois, ses matières fécales émergeant sous la forme d’une fleur, un glyphe du Mexique central symbolisant la sensualité (féminine) et, par extension, l’accouchement dont la déesse était la protectrice. Les déjections humaines que les Aztèques collectaient pour fertiliser leurs champs se décomposaient en humus ou tlazollalli (“immondices de la terre”) qu’ils croyaient généré par les entrailles de la déesse dans la terre souterraine des morts, un lieu indicible qui, ironiquement, donnait naissance au maïs vital. Son nom est construit avec la racine tlazolli, signifiant non seulement la saleté mais également le vice et la maladie. En effet, sur leur lit de mort, les aztèques confessaient à la déesse leurs écarts sexuels, des histoires honteuses qu’elle avalait voracement sous la forme d’excréments. Le mot aztèque pour honte signifie littéralement “être couvert d’excréments”. Toutefois, les aztèques appelaient également l’or “excrément divin” ou “excrément du soleil”. Dans un paradoxe similaire, l’alchimie affirmait, et la psychologie confirme, que l’or de la transformation “se trouve dans l’immondice”, à savoir dans les aspects mêmes de la substance de l’être que l’ego tend à rejeter comme inférieurs. Coll. in art. “Excrément” du Livre des Symboles - réflexion sur des images archétypales, ed. Taschen, 2010-11
3 notes
LA SYMÉTRIE PERDUE DE LA BLATOSPHÈRE.
“Le dégoût qu’il éprouve à accepter la réalité de sa propre conscience, écrivait le Dr Nathan, pourrait bien refléter certaines difficultés inhérentes à sa situation dans l’espace et le temps. Les angles droits d’une spirale d’escalier devraient lui évoquer de semblables penchants dans le domaine de la chimie biologique. Il est possible de pousser très loin ce raisonnement — c’est ainsi que les balcons en saillie du Hilton peuvent s’identifier avec les fines coupures opérées sur le corps de l’actrice mourante, Elizabeth Taylor. La plupart des pensées de Travis concernent ce qu’il nomme “la symétrie perdue de la blatosphère”, un précurseur primitif de l’embryon, qui est la dernière structure capable de préserver la symétrie parfaite à tous les niveaux. Il est venu à l’esprit de Travis que nos propres corps peuvent receler les rudiments d’une symétrie caractérisant non seulement l’axe vertical mais aussi l’horizontal. On se rappelle l’idée de Goethe selon laquelle le crâne est constitué de vertèbres partiellement modifiées, de façon similaire les os du bassin pourraient être considérés comme les vestiges similaires d’un crâne sacré perdu. La ressemblance entre les histologies du poumon et des reins est connue depuis longtemps. On peut songer à d’autres analogies entre les fonctions respiratoires et uro-génitales, immiscées à la fois dans les mythologies populaires (la prétendue équivalence entre la taille du nez et celle du pénis) et dans la symbolique psychanalytique (on dit communément les “yeux” au lieu des testicules. Pour conclure, il semble que l’extrême sensibilité de Travis à l’appréciation des volumes et aux géométries du monde environnant, comme leur traduction immédiate en termes de psychologie, peuvent refléter la tentative d’un tardif retour à un monde de la symétrie, un monde qui reconquerra la symétrie parfaite de la blatosphère, ainsi que la “Mythologie du retour amniotique”. Dans son esprit, la Troisième Guerre mondiale représente l’autodestruction et le déséquilibre terminaux d’un monde asymétrique, le dernier spasme suicidaire de l’hélice dextro-rotatoire, ADN. L’organisme humain est une foire aux atrocités à laquelle il assiste en spectateur malgré lui…

J.G.Ballard - La Foire aux Atrocités.

0 notes

Les deux principaux mouvements sont le mouvement rotatif et le mouvement sexuel, dont la combinaison s’exprime par une locomotive composée de roues et de pistons.

Ces deux mouvements se transforment l’un en l’autre réciproquement.

C’est ainsi que l’on s’aperçoit que la terre en tournant fait coïter les animaux et les hommes et (comme ce qui résulte est aussi bien la cause que ce qui provoque) que les animaux et les hommes font tourner la terre en se coïtant.

C’est la combinaison ou transformation mécanique de ces mouvements que les alchimistes recherchaient sous le nom de pierre philosophale.


Georges Bataille - L’Anus Solaire, 1927

14 notes
Est-ce parce que notre Ordre exalte tout particulièrement cette haute déesse (un poète que j’ai lu dans ma jeunesse l’appelait ainsi) et l’assure immune du péché d’Adam, ou suis-je plus touché qu’il ne faut du souvenir de ma pauvre femme, qui portait avec grâce et humilité ce beau nom… Aucun crime contre la foi ne m’outre autant qu’une offense à cette Marie qui contint l’Espérance du monde, à cette créature appointée dès l’aube des temps qui est notre avocate au ciel…
— Je crois vous suivre, dit Sébastien Théus, voyant des larmes monter dans les yeux du Prieur. Vous souffrez q’un brutal ose lever la main sur la forme la plus pure qu’ait prise, selon vous, la Bonté divine. Les Juifs (j’ai fréquenté des médecins de ce peuple) m’ont ainsi parlé de leur Shechina qui signifie la tendresse de Dieu… Il est vrai qu’elle reste pour eux une face invisible… Mais tant qu’à donner à l’Ineffable l’apparence humaine, je ne vois pas pourquoi nous ne lui prêterions pas certains traits femelles, sans quoi nous réduisons de moitié la nature des choses. Si les bêtes des bois ont quelque sens des sacrés mystères (et qui sait ce qui se passe au dedans des créatures?) elles imaginent sans doute auprès du Cerf divin une biche immaculée. Cette notion offusque le Prieur ?
— Pas plus que l’image de l’Agneau sans tache. Et Marie n’est-elle pas aussi la Colombe très pure ?
— De tels emblèmes ont cependant leurs dangers, reprit méditativement Sébastien Théus. Mes frères alchimistes usent des figures du Lait de la Vierge, du Corbeau Noir, du Lion Vert Universel et de la Copulation Métallique pour désigner des opérations de leur art, là où la virulence ou la subtilité de celles-ci passe les mots humains. Le résultat en est que les esprits grossiers s’attachent à ces simulacres, et que de plus judicieux, au contraire, méprisent un savoir qui pourtant va loin, mais qui leur paraît enlisé dans un marécage de songes… Je ne pousse pas davantage la comparaison.


Marguerite Yourcenar - L’Œuvre au Noir, Gallimard, 1968

1 note